Été 2007
Les naturistes ont à combattre bien des préjugés, dont celui qui leur attribue des moeurs légères. Cette réputation ne s'améliorera peut-être pas cet été avec la récente acquisition du Domaine de l'Éden par Denis Chesnel, propriétaire de plusieurs bars échangistes et bars de danseuses à Montréal et dans les environs. La Fédération québécoise de naturisme s'inquiète. Mais ne tirerait-on pas la sonnette d'alarme trop tôt?
Selon certains naturistes plus «conservateurs», le Domaine de l'Éden, situé à Saint-Lin, dans les Laurentides, avait déjà la réputation d'être un peu «olé olé», avec ses soirées Fantaisies du vendredi. C'est pour éviter que naturisme et échangisme soient confondus que la Fédération a retiré de son site web le lien menant à celui du Domaine de l'Éden, explique Diane Archambault, présidente de la Fédération.
Interrogé récemment, M. Chesnel jurait néanmoins que l'Éden ne changerait pas de vocation. Il a même signé un engagement. «Mais quand quelqu'un est rendu naturiste, il est déjà pas mal ouvert. Je sais qu'il y a des échangistes parmi les membres du centre, mais ce qu'ils font derrière des portes closes ne me regarde pas.»
En dépit de cette promesse, les fédérations québécoise et canadienne de naturisme s'inquiètent d'un glissement éventuel de l'Éden vers l'échangisme, comme c'est le cas au Camping Adam et Ève à Drummondville, où des parties de jambes en l'air ont lieu à la vue de tous, le jour comme la nuit.
Le hic, c'est que l'Éden est comme un petit village, avec des résidants permanents, dont plusieurs familles. Pour l'instant, au dire de Marc Baillargeon, membre du conseil d'administration de la Fédération québécoise de naturisme et visiteur occasionnel de l'Éden (à titre de naturiste seulement), l'endroit ressemble à n'importe quel autre centre naturiste. Tout ébat sexuel, en couple ou en groupe, se déroule en privé.
Le problème, c'est la réputation de M. Chesnel. «Si L'Éden avait été acheté par un propriétaire de magasin d'articles de sport, les gens ne se seraient même pas posé de questions. Il faudra voir ce qui se passera dans l'avenir», dit M. Baillargeon.
Sylvain Gagnon, père de deux enfants et résidant permanent de l'Éden, qui compte plus d'une centaine de copropriétaires, est prêt à donner sa chance au coureur. «M. Chesnel a beaucoup investi à l'Éden depuis son arrivée. Pour l'instant, il ne se passe rien de mal ici. Il y a bien sûr des conflits entre la nouvelle administration et les copropriétaires, mais ils concernent principalement les droits de copropriété.»
Stéphane Deschênes, président de la Federation of Canadian Naturists depuis 2000 et propriétaire du centre naturiste Bare Oaks, près de Toronto, est pour sa part convaincu que la nouvelle administration de L'Éden aura un impact sur ses fréquentations. «C'est sûr que ça va attirer des gens qui pensent que c'est un centre échangiste.»
Et après? «J'ai déjà visité des centres naturistes où il y a beaucoup d'échangisme et ça crée une drôle d'atmosphère. Quand les gens sont gentils avec toi, tu ne sais jamais si c'est sincère ou si c'est parce qu'ils ont une autre idée derrière la tête.»
«Je ne dis pas qu'il n'y a pas de sexualité dans un centre naturiste, poursuit M. Deschênes. Mais il y a beaucoup moins de sexualité qu'on pense dans la nudité. C'est d'ailleurs un des buts du naturisme que de désexualiser la nudité.»
Alors pourquoi ce glissement dans l'opinion publique? Il existe effectivement beaucoup d'échangistes parmi les naturistes, nous confirme Marc Baillargeon. Selon lui, il y a essentiellement deux types de naturistes: les conservateurs, qui souscrivent à une philosophie basée sur des valeurs liées à la nature, à la famille, au respect de soi et des autres, et les libertins, qui cherchent à jouir autrement de la nature. De cette deuxième catégorie émerge le problème d'image avec lequel le naturisme doit composer. «J'utilise souvent l'analogie suivante: le naturisme et l'échangisme, c'est comme le hockey et le baseball. Ce sont deux choses complètement différentes, mais il arrive que certaines personnes pratiquent les deux.»






